Trop longtemps réduite à son isolement géographique ou à des clichés sécuritaires, la province du Haut-Uélé se révèle sous un jour entièrement neuf dans l’ouvrage “Haut-Uélé : cette région florissante dans le Nord-Est de la RD Congo”. Les auteurs y démontent les représentations réductrices pour mettre en lumière une terre d’une profondeur historique insoupçonnée, façonnée par les recompositions pré-coloniales, le choc colonial et les soubresauts de l’indépendance.
Loin d’avoir été anéantie par les crises, la région a forgé une résilience collective remarquable, où la solidarité communautaire et l’autorité des chefferies coutumières ont servi de colonne vertébrale à une société qui refuse de se désintégrer. Ce livre propose une lecture rigoureuse et nuancée de cette dialectique entre vulnérabilité structurelle et ingéniosité locale, offrant une clé essentielle pour comprendre non seulement le nord-est congolais, mais les ressorts profonds de la construction étatique dans tout le pays.

Le deuxième souffle de l’analyse réside dans la confrontation entre le capital naturel exceptionnel de la province — l’or de la mine de Kibali, les forêts denses, le réseau hydrographique et les trésors de biodiversité du Parc national de la Garamba — et l’exigence d’une gouvernance qui transforme cette richesse en développement durable et équitable. L’ouvrage ne se contente pas d’un inventaire minéral : il déplace le projecteur vers l’économie réelle.
Celle des savanes agricoles, des circuits commerciaux transfrontaliers et d’un artisanat créatif, véritable socle de la résilience territoriale. En plaidant pour une modernisation adossée à des infrastructures dignes et à un renforcement institutionnel, il esquisse le visage d’un modèle économique émancipé de la seule extractivité, capable de créer de la valeur locale et de stabiliser un territoire stratégique au cœur de l’Afrique centrale.
Enfin, le livre consacre une attention décisive aux dimensions socioculturelles : langues, traditions, savoirs locaux et structures coutumières ne sont pas des vestiges du passé, mais des ressources vivantes qui assurent la cohésion sociale face aux chocs de l’urbanisation et de la mondialisation. Ce faisant, Haut-Uélé se mue en outil de référence pour décideurs, chercheurs et investisseurs, nourrissant une réflexion urgente sur une décentralisation effective et une citoyenneté active.
En reconnaissant cette province non plus comme une périphérie oubliée, mais comme un laboratoire des enjeux contemporains de la RDC, l’ouvrage nous lance un défi : intégrer pleinement le Haut-Uélé dans le destin collectif national, faute de quoi la prospérité partagée et la stabilité institutionnelle resteront des promesses lointaines.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













