Le débat public congolais s’apprête à livrer l’un de ses spectacles les plus consternants. D’un côté, les thuriféraires du C4, prêts à déchirer la Constitution comme un vieux torchon pour offrir à Félix Tshisekedi un troisième mandat que rien ne justifie, si ce n’est l’appétit féroce de ceux qui tournent autour de la mangeoire présidentielle.
De l’autre, les apôtres du C64, ces figures dont beaucoup ont l’échine encore courbée par leur passage dans l’antichambre de Paul Kagame, cet architecte du mal qui a su instrumentaliser l’AFDL-RCD-CNDP-M23 et le RDF comme des lames de fond contre notre pays. Les premiers veulent éterniser un homme ; les seconds prétendent incarner l’alternative. Mais regardons-les en face : ce sont deux faces d’une même médaille rouillée, deux clans qui se disputent la même faillite morale et le même cadavre national à détrousser.
Notre conviction, elle est faite d’un postulat simple, forgé dans l’écriture et scellé par les faits. Ceux qui ont trempé leurs mains dans le sang de notre propre peuple en servant l’entreprise macabre du régime de Paul Kagame, nous l’avons écrit noir sur blanc dans “KONGO : EGRÉGORE DU MONDE” en 2018 : pour eux, il faut l’inéligibilité à vie, une mise hors d’état de nuire politique définitive, car celui qui a pactisé avec le fossoyeur ne peut prétendre devenir le médecin.
Quant à ceux qui croient qu’éterniser Félix Tshisekedi au pouvoir, c’est aimer la RD Congo, nous leur opposons ce que nous avions déjà couché sur le papier en 2018, dans un livre qui n’a rien perdu de sa morsure. Les écrits engagent, et les prophètes de cour feraient bien de s’en souvenir. Offrir un troisième mandat à un homme, quel qu’il soit, dans un pays où chaque mandature a été un tombeau d’espérances, ce n’est pas aimer la nation : c’est la prendre en otage pour de décennies de plus.
Car le mal congolais ne se soigne pas avec la perfusion du mythe de l’homme providentiel. Ce mythe est une drogue dure qui a tué notre lucidité depuis l’indépendance. Moïse Tshombe, Patrice Lumumba, Joseph-Désiré Mobutu, LD Kabila, Joseph Kabila, Félix Tshisekedi : la litanie est longue des noms que l’on a brandis comme des talismans avant de les voir se muer en désillusions. La RDC n’a pas besoin d’un sauveur, elle a besoin d’institutions qui tiennent debout, d’une mémoire qui tranche, et d’une classe politique qui accepte la limite.
Que ceux qui ne comprennent pas continuent à se chamailler entre C4 et C64, ces acronymes qui sentent déjà la naphtaline des combats d’arrière-garde. Nous, nous regardons ailleurs, là où se lève peut-être une génération qui aura compris que l’on ne force pas un âne à devenir un cheval de course, et qu’à insister, on finit par ridiculiser la course elle-même.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













