Vingt-quatre heures. C’est le temps qu’il aura fallu au camp d’Ousmane Sonko pour muer une disgrâce en démonstration de force. Limogé de la Primature par un décret du président Bassirou Diomaye Faye, l’ex-Premier ministre voit aussitôt le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, lui tendre les clés de l’hémicycle.
Dans une démission aussi soudaine que symbolique, ce fidèle historique et porte-parole du PASTEF justifie son retrait par une haute idée des institutions et “l’intérêt supérieur de la Nation”. À Dakar, personne n’est dupe : ce désistement est une réponse politique coordonnée, calibrée pour offrir à Ousmane Sonko un nouveau levier de pouvoir, cette fois au cœur du Parlement. Le calcul est limpide.
Libéré de ses fonctions exécutives, Ousmane Sonko peut récupérer son siège de député et, fort de la majorité absolue détenue par son parti, briguer sans embûche la présidence de l’Assemblée nationale. En une séquence, le leader du PASTEF bascule du gouvernement à la tête du pouvoir législatif, s’assurant un poste qui contrôle l’ordre du jour, verrouille la procédure législative et peut entraver l’action du nouveau chef de l’État.
Loin d’un affaiblissement, le limogeage présidentiel se retourne contre son auteur : il libère Ousmane Sonko de la solidarité gouvernementale et lui offre une tribune pour construire une contre-présidence parlementaire, en miroir direct du palais. Cette manœuvre éclaire crûment la tectonique d’un régime bicéphale qui n’a jamais su dire son nom. Bassirou Diomaye Faye pensait recentrer l’Exécutif ; il hérite d’un Parlement qui peut désormais lui dicter ses lois – ou lui refuser les siennes.
En pilotant la démission de son lieutenant, Ousmane Sonko adresse un message limpide : sa légitimité militante et populaire ne se dissout pas dans un décret, et son camp maîtrise le tempo institutionnel. Alors que le Sénégal observe ce pas de deux entre l’ancien mentor politique et le président qu’il a porté, la question n’est plus de savoir si les institutions tiendront, mais jusqu’où ira ce duel aux allures d’échec et mat déguisé en respect des règles.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













