La Françafrique a changé de costume, pas d’âme. En adoubant et en maintenant à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie Louise Mushikiwabo la protégée du criminel Paul Kagame, Emmanuel Macron n’a pas seulement tourné le dos à la RD Congo, premier pays francophone du monde et poumon linguistique de cet espace moribond.
Il a consommé une trahison plus intime, plus politique : celle de l’héritage de François Hollande, son ancien mentor qu’il avait déjà poignardé en 2017. Le cynisme est ici stratosphérique. Pendant que la RDC, ce géant francophone avec plus de 100 millions d’habitants, se débat dans un bain de sang permanent dans l’Est, Paris tend un tapis rouge à Paul Kagame. Macron soutient donc la représentante d’un régime autoritaire anglophone, allié objectif des prédateurs qui pillent le sous-sol congolais.
Le message est clair : la langue française n’est qu’un hochet qu’on confie au bourreau pourvu que la realpolitik et les contrats miniers soient saufs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un mépris de classe pour le “grand” Congo, jugé trop instable, trop ingouvernable, trop noir pour incarner la vitrine de la “diversité” macronienne. On préfère la vitrine lisse et faussement bilingue de Kigali, ce Singapour de pacotille bâti sur les charniers du Kivu et la prédation systématique des ressources congolaises.
En choisissant Louise Mushikiwabo, Emmanuel Macron valide la fable d’un Rwanda “modèle” qui exporte sa langue et sa stabilité, alors même que les casques bleus et les rapports de l’ONU documentent le soutien indéfectible de Kigali aux terroristes du RDF/M23, semant la terreur et le déplacement de millions de Congolais. C’est un cynisme pur, une insulte géopolitique qui sacrifie la cohérence sur l’autel des intérêts d’un clan. Pire, c’est un reniement viscéral de la supposée rupture promise en 2017.
Le “nouveau monde” macronien a simplement troqué les valises de billets de la Françafrique classique contre un virement bancaire bien tracé et un storytelling humanitaire qui ne dupe personne au sud du Sahara. Le résultat est une forfaiture historique. Pendant que Kinshasa, abandonnée diplomatiquement, voit ses populations civiles massacrées sous le silence assourdissant des chancelleries occidentales, le château de Villers-Cotterêts résonne des éloges creux adressés à une gouvernance complice.
L’Académie française peut bien se draper dans sa dignité poussiéreuse, elle ne lavera pas l’opprobre d’avoir fait de la langue de Molière et de Senghor l’outil de légitimation d’un expansionnisme criminel. En vendant l’âme de l’OIF à un pays qui a fait de l’anglais sa langue officielle et de la déstabilisation de son voisin son fonds de commerce, Emmanuel Macron n’est pas seulement un traître à la parole donnée à ses prédécesseurs ; il est le fossoyeur d’une Francophonie qui n’a désormais plus rien à offrir au monde, sinon le spectacle obscène de sa compromission et le bruit sec d’un verrou diplomatique qui saute, ouvrant la voie à tous les charognards.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













