En 1990, Washington refuse un visa à Mobutu. En 1991, la Maison Blanche adoube publiquement l’opposition congolaise. En 1997, le maréchal tombe, balayé par un jeune rebelle que l’Amérique a armé, conseillé, légitimé. Ce rebelle, c’est Paul Kagame, enrôlé à l’époque par les parrains de la realpolitik américaine pour exécuter le sale boulot.
Trente ans plus tard, le même Paul Kagame a changé de costume : il est devenu le parrain d’une mafia d’État, verrouillant le Rwanda et pillant l’Est de la RD Congo sous le regard longtemps complice des chancelleries. Mais le vent tourne. En 2026, Washington impose des restrictions de visa aux hauts responsables rwandais. Puis un refus de visa personnel à Paul Kagame lui-même, pendant que l’ambassade rwandaise tente de négocier dans l’ombre.
Ce n’est pas une série de hasards. C’est un manuel. Étape 1 : sanctions économiques. Étape 2 : restrictions de visa. Étape 3 : soutien public à l’opposition. Le script est si précis qu’il en devient clinique. La NCDR, nouvelle coalition de l’opposition rwandaise, vient d’être lancée en grande pompe à Washington, avec des représentants du Département d’État dans l’assistance. L’image est criante de symétrie : hier l’opposition congolaise, aujourd’hui l’opposition rwandaise ; hier Mobutu, aujourd’hui Kagame.
Le Département d’État n’a pas changé une virgule au mode d’emploi, il a simplement changé de cible. Le parrain de Kigali est désormais traité comme un obstacle à abattre, et non plus comme un allié protégé. Kagame connaît ce film par cœur : il l’a lui-même tourné contre Mobutu en 1997. Aujourd’hui, il est dans le rôle principal, mais du mauvais côté de l’écran. Étape 4 ? Mobutu avait choisi l’exil au Maroc.
Paul Kagame, lui, voit ses hommes interdits de territoire, ses réseaux d’influence se fissurer, et l’opposition se structurer sur le sol américain. L’histoire ne se répète pas : elle rime, et la rime est cruelle. Le parrain de la mafia rwandaise, enrôlé jadis par les maîtres du jeu, découvre qu’il n’était qu’un pion jetable. Le roi est nu, et le manuel de Washington est formel : après les visas, vient la curée.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












