Une rumeur virale enflamme les réseaux sociaux congolais : les cas d’Ebola déclarés dans le pays ne seraient qu’un écran de fumée dissimulant des intoxications massives à l’arsenic, provoquées par l’exploitation minière sauvage. Selon cette thèse, les symptômes hémorragiques attribués au virus — vomissements, diarrhées sanglantes, fièvres fulgurantes — correspondraient en réalité à un empoisonnement chimique chronique, les populations riveraines des sites d’extraction buvant une eau contaminée aux métaux lourds.
Accusé de complicité ou d’incompétence, l’État congolais serait ainsi pris en flagrant délit de recyclage sanitaire, transformant une catastrophe écologique prévisible en urgence épidémique télégénique, avec la bénédiction muette des bailleurs internationaux. Face à cette construction narrative, le verdict scientifique est sans appel. L’arsenic provoque bien des vomissements, des diarrhées et des lésions cutanées.
Mais son tableau clinique diffère radicalement de la fièvre hémorragique : absence de contagiosité interhumaine significative, pas de fièvre brutale à 40°C, et surtout une évolution chronique quand les doses sont faibles. Surtout, les diagnostics d’Ebola sont confirmés par RT-PCR dans des laboratoires de référence, séquençant l’ARN viral avec une précision telle qu’il est impossible de confondre le virus Zaïre avec une molécule chimique.
Les enquêtes épidémiologiques, traquant les chaînes de transmission jusqu’au patient zéro, achèvent de disqualifier cette hypothèse : une contamination hydrique massive ne dessinerait jamais une cartographie en clusters familiaux ou nosocomiaux, signature incontestable d’un virus. Pourtant, ignorer cette rumeur d’un revers de main serait une erreur. Elle prospère sur un terreau bien réel : le Katanga, le Kasaï et l’Est du pays portent les stigmates d’un désastre minier où l’arsenic, le mercure et le plomb empoisonnent silencieusement des communautés entières, sans que l’État ne semble s’en émouvoir.
Quand les pouvoirs publics restent absents face aux cancers et aux malformations congénitales qui ravagent les bassins miniers, quand la confiance vaccinale s’effondre après des décennies de prédation, le mensonge le plus sophistiqué devient plus crédible que la vérité la mieux établie. Ce n’est pas Ebola que la rumeur attaque, c’est le vide sanitaire et l’abandon institutionnel qu’elle révèle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













