Joseph Kabila appelle à “balayer le système actuel” et à renouveler la classe politique. Mais l’adage est tranchant : “le jugement de l’Éternel commence dans la maison de Dieu”. Or la maison politique de Joseph Kabila n’est pas une église abstraite, c’est une filiation de conquêtes armées et de recyclages prédateurs. Elle débute avec l’AFDL, qui abat pratiquement le Président Mobutu en 1997 et installe son père LD Kabila au pouvoir dans un bain de sang.
Elle se prolonge avec le RCD, rébellion instrumentalisée par Kigali que Joseph Kabila, devenu président, n’a pas éradiquée mais intégrée par cooptation, offrant des postes à des seigneurs de guerre pour acheter une paix fictive. Elle se consolide avec le CNDP, révolte tutsi de 2004-2009, que son régime transforme en police parallèle sans désarmer ses réseaux, puis avec le RDF/M23, mutinerie née en 2012 des cendres du CNDP qu’il n’a jamais réellement vaincu.
Aujourd’hui, le voici à Goma, avec le RDF/M23 qui est en réalité l’Armée Patriotique Rwandaise en RD Congo, comme la rivière revient toujours dans son lit et l’eau va à la mer : la boucle de la prédation se referme sous nos yeux. Balayer le système, vraiment ? Alors le premier coup de balai doit interdire à jamais le retour de tout acteur issu de cette chaîne, car c’est la matrice de la prédation, pas l’antidote.
Exiger un renouvellement sans accepter que le balai frappe d’abord sa propre nébuleuse, c’est prêcher le jeûne tout en cachant le pain. Il faut un mécanisme institutionnel qui rende impossible, sous aucun prétexte, le retour au pouvoir de Joseph Kabila et de quiconque a trempé dans l’AFDL, le RCD, le CNDP ou le RDF/M23. Ces quatre sigles racontent une même histoire : la conquête de l’État par la violence, sa mise en coupe réglée, et la perpétuelle reconversion des bourreaux en ministres.
Joseph Kabila ne peut pas se poser en rénovateur alors qu’il a lui-même recyclé des chefs du CNDP dans l’armée, toléré la résurgence du RDF/M23 après l’échec des accords de Nairobi, et maintenu au cœur de son dispositif des hommes issus du RCD. Si le jugement ne commence pas par cette maison-là, alors son appel au balai n’est qu’une manœuvre pour blanchir une sépulture pleine d’ossements. Ensuite, et ensuite seulement, le régime actuel pourra être passé au crible. La séquence est implacable : on ne réforme pas la maison commune avant d’avoir expulsé les fondateurs du désordre.
L’AFDL a installé la violence comme mode d’accès au pouvoir ; le RCD a institutionnalisé la prédation régionale ; le CNDP puis le RDF/M23 ont démontré que le système Kabila savait créer et instrumentaliser des insurrections pour se perpétuer. Tant que Joseph Kabila et sa nébuleuse ne sont pas politiquement radiés, sans droit au remords ni au retour, toute prétention à “balayer le système” reste une sinistre farce. Le jugement de l’Éternel, pour la RDC, commence ici : dans la mise hors d’état de nuire électorale de cette machine de guerre qui ose aujourd’hui donner des leçons de vertu.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













