Depuis octobre 1996, une anomalie monstrueuse perdurait dans la région des Grands Lacs : un pays, le Rwanda de Paul Kagame, a enchaîné les guerres d’agression, les massacres à grande échelle, les pillages systématiques et les ingérences politiques en RD Congo, sans jamais avoir à répondre de ses actes devant un tribunal international.
Des millions de morts, des charniers à ciel ouvert, une économie de prédation organisée depuis Kigali, et pour seul horizon l’impunité la plus totale, protégée par un vernis diplomatique que personne n’osait gratter. Pendant trois décennies, le droit international est resté muet, les juridictions mondiales désespérément absentes, comme si le sang congolais ne méritait ni greffier ni audience. Cette parenthèse obscène de l’Histoire vient de se refermer.
En déposant la requête introductive d’instance devant la Cour internationale de Justice, le ministre d’État Guillaume Ngefa Atondoko Andali n’a pas seulement tenu une promesse personnelle faite lors de son premier briefing sur la RTNC. Il a accompli un acte de réparation historique. Là où d’autres avant lui avaient reculé, tergiversé ou sous-estimé la puissance de l’arme juridique, il a porté le dossier congolais jusqu’au prétoire suprême des Nations unies.
Ce n’est plus un État victime qui se lamente dans les couloirs feutrés des chancelleries ; c’est un État souverain qui accuse, preuves en main, et qui exige que le Rwanda réponde enfin de ses crimes devant la justice des hommes. Le geste est aussi solennel que symbolique : la RDC cesse d’être un territoire de non-droit pour devenir un demandeur de justice. Ce dépôt constitue bien plus qu’une formalité procédurale : c’est la fermeture d’une parenthèse de trente ans d’injustice.
Octobre 1996 marquait le début de la première guerre d’agression rwandaise sur le sol congolais. Ce jour de requête à La Haye marque la fin de l’intouchabilité. En portant ce dossier devant la CIJ, Guillaume Ngefa offre au peuple congolais ce qui lui avait été volé autant que ses minerais : la dignité d’être entendu. Le long chemin judiciaire ne fait que commencer, mais l’anomalie est réparée. Le Rwanda est désormais face à ses responsabilités, et la RDC a retrouvé la voix du droit.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













