Le président mozambicain ne s’en cache plus : face à la lâcheté silencieuse des diplomaties, il choisit la brutalité du courant électrique. En menaçant de plonger Pretoria dans le noir dès ce 30 juin 2026, il ne fait pas que protester contre les chasses à l’homme xénophobes qui endeuillent le continent. Il administre un électrochoc politique et moral à une nation qui, trop souvent, se regarde dans le miroir déformant de l’exceptionnalisme.
Le message est cinglant : votre confort dépend de nos ressources, comme nos vies dépendent de votre humanité. Et puisque la raison ne suffit plus, place au rapport de force. C’est brutal, c’est disproportionné, mais c’est peut-être le seul langage que l’arrogance sud-africaine accepte encore d’entendre. Cette arme énergétique, brandie comme un poing levé, est un aveu d’impuissance autant qu’un cri de rage. Le Mozambique ne déteste pas l’Afrique du Sud, il la réveille.
Il rappelle une vérité que les pannes de compassion ont trop longtemps occultée : aucun homme, aucun État, n’est une île. L’intégration régionale ne se décrète pas seulement dans les traités de la SADC, elle se valide dans la rue, devant le cadavre d’un vendeur ambulant brûlé vif. En coupant le courant, Maputo rétablit une forme de connexion brutale mais vitale – celle de l’interdépendance assumée. Ce n’est pas un caprice de potentat énergétique, c’est un test.
L’Afrique du Sud peut-elle encore être cette “grande nation” qu’elle croit être, quand elle laisse ses propres démons piétiner la fraternité africaine ? Reste une interrogation vertigineuse : jusqu’où cette escalade mènera-t-elle ? Si le geste mozambicain a le mérite de briser l’indifférence, il installe un précédent dangereux où la dignité humaine se monnaye en kilowattheures. La xénophobie est un poison lent, et y répondre par la coercition économique, c’est risquer d’envenimer la plaie plutôt que de la cautériser.
Mais après des décennies de condamnations molles et de résolutions sans lendemain, qui osera reprocher à Maputo de sortir de la file d’attente diplomatique pour hurler à la face du géant : “Arrêtez de tuer nos frères, ou dansez dans le noir”? Le compte à rebours est lancé, et c’est désormais l’Afrique du Sud qui a le doigt sur son propre interrupteur moral.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













