La tragédie congolaise n’est pas que les politiciens soient médiocres, c’est que les scientifiques eux-mêmes aient déserté le front de l’élévation factuelle pour devenir leurs valets de chambre. Ces renégats du savoir, ces traîtres en blouse blanche, ont troqué l’éprouvette contre la gamelle et la rigueur contre une enveloppe glissée entre deux accolades protocolaires.
Formés à questionner le réel, ils ne savent plus que répondre aux commandes du ventre. L’élite ventripotente les a domestiqués : un siège dans un conseil d’administration, une consultation juteuse, une nomination dans une agence publique, et voilà le chercheur mué en perroquet de salon, capable de certifier n’importe quelle contre-vérité pourvu que l’assiette reste pleine. Le mode opératoire est d’une banalité écœurante. Un méga-projet minier menace d’empoisonner une province entière ?
On convoque une brochette de scientifiques véreux qui rédigeront une étude d’impact taillée sur mesure, noyant les métaux lourds sous des seuils de tolérance magiquement révisés. Une pandémie exige des protocoles rigoureux ? Des docteurs ès sciences, le ventre creux mais l’ambition débordante, cosignent des rapports validant des décoctions promues par le pouvoir, troquant la pharmacopée contre la flagornerie. Ces fossoyeurs du vrai ne contestent jamais les absurdités politiques, ils les parent du vocabulaire ésotérique de leur discipline pour leur donner des allures de vérité révélée.
La science congolaise est devenue une agence de communication pour prédateurs, et ses prostitués diplômés facturent leurs mensonges au tarif de la haute trahison. Le résultat est une science zombie, ni vivante ni honnête, qui erre dans les couloirs des ministères pendant que les laboratoires crèvent de faim et que les rares chercheurs intègres prennent la fuite. Ces traîtres sont plus dangereux que les ignorants, car ils parlent la langue du vrai en servant le faux.
Ils ont fait du doctorat un couteau pour égorger la connaissance, du titre académique un laissez-passer pour le festin des puissants. L’élite ventripotente, elle, jubile : elle a trouvé dans ses scientifiques déserteurs la caution parfaite, le vernis de respectabilité qui fait avaler le poison à une population qui croit encore aux diplômes. La RDC meurt moins de l’incompétence de ses dirigeants que de la lâcheté de ses savants, qui ont troqué l’honneur d’éclairer le pays contre une place à la table des ténèbres.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













