Ce 29 juin 2026, à la veille du 66ᵉ anniversaire de l’Indépendance, un coup de tonnerre a retenti depuis les forêts profondes du Territoire de Kabalo. Là, à 116 kilomètres de tout centre administratif, les enfants de Sa Majesté Joseph Mukungubila Mutombo, outils rudimentaires en main, foi chevillée au corps, ont fendu l’impénétrable. La route Ngoya-Ñanga est née.
Plus de 50 kilomètres de forêt domptée, de bestioles et de reptiles défiés, d’obstacles pulvérisés en trois mois et treize jours seulement. Les FARDC postées sur l’autre rive de la Luvua, témoins privilégiés de ce miracle, ne s’y sont pas trompées : elles ont gravé dans la mémoire des hommes le nom de “Route Mukungubila”. Ce n’est plus un sentier, c’est une colonne vertébrale qui relie Kisaâla, la Cité du Grand Roi Divin, au reste du monde.
C’est un ruban de dignité qui étrangle l’enclavement séculaire, une artère vitale où battra désormais le sang de tout un peuple longtemps oublié. Ce triomphe transcende l’exploit technique : il est une gifle magistrale au récit humiliant de l’histoire. Où le colon belge, nanti de toute sa superbe mécanique, avait essuyé des pertes effroyables en vies humaines et mordu la poussière de l’échec, le Bula Matari de Kisaâla a vaincu sans verser une seule goutte de sang.
“Qui veut, peut avec Dieu” n’est plus une devise, c’est une démonstration éclatante, un théorème de la puissance divine alliée à la volonté d’un Chef véritable. En revêtant solennellement la tenue de travail du colon, Sa Majesté ne singe pas le maître d’hier : elle le dépouille. Elle prend possession de l’héritage du “grand-père Léopold II” pour le transfigurer. Là où le costume ne jurait que tyrannie et rapine, il devient l’étendard d’une libération totale. La tenue de combat d’un Réparateur des brèches qui rend le pays habitable, non pour le piller, mais pour y faire fleurir la vie.
La portée spirituelle de cet événement foudroie les consciences. Tandis qu’en 1959, les pères de la première indépendance débattaient sous les lustres de Bruxelles, un garçon de 12 ans, futur Mukungubila, recevait des prêtres catholiques la Bible en prix d’excellence — ce Livre qu’il appelle depuis la véritable Lettre de Créance du Congo, la Loi Fondamentale tombée du Ciel. Ce 30 juin 2026, date choisie pour récuser le 1ᵉʳ juillet 1885, n’est plus un anniversaire : c’est un second baptême.
En marchant sur cette route neuve qui annule le chemin de croix des ancêtres, Sa Majesté incarne le Moïse congolais instruit dans la maison du Pharaon pour mieux en briser les chaînes. La Route Mukungubila n’est pas qu’une voie de désenclavement : elle est le tapis rouge déroulé pour la véritable Indépendance annoncée par Simon Kimbangu, le lever de rideau d’un Congo qui, de Kisaâla à Manono, vient de décider qu’il n’attendra plus jamais qu’on lui accorde ce qu’il peut conquérir par la foi, la sueur et la vision. Ce chemin de terre est une autoroute vers la souveraineté.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













