Il existe des moments dans l’histoire d’un peuple où le silence devient une faute, où l’indifférence devient une complicité et où les discours politiques ne suffisent plus à masquer la réalité. Le Haut-Uélé est arrivé à ce tournant. Notre Province ne manque ni de ressources naturelles, ni d’intelligence, ni de courage. Ce qui lui fait défaut, c’est une gouvernance capable de transformer ses immenses potentialités en prospérité collective.
Depuis plusieurs années, les citoyens assistent au même spectacle : des promesses grandioses, des slogans soigneusement élaborés, des cérémonies abondamment médiatisées et une communication politique omniprésente. Mais lorsque l’on quitte les tribunes officielles pour emprunter les routes de Wamba, Faradje, Dungu, Niangara, Rungu ou Watsa, une autre réalité s’impose. Les infrastructures demeurent insuffisantes, le chômage des jeunes progresse.
Les services sociaux peinent à répondre aux besoins essentiels et les populations continuent de vivre dans des conditions qui contrastent avec les richesses de leur propre territoire. Le développement n’est pas une campagne de communication. Il ne se décrète pas dans les communiqués de presse, il se mesure sur le terrain. Une route praticable toute l’année, une école équipée, un centre de santé fonctionnel, un agriculteur capable d’écouler sa production, un jeune qui trouve un emploi digne.
Voilà les véritables indicateurs d’une politique publique réussie. Tout le reste relève du discours. Il devient donc impératif de rompre avec une culture politique qui confond visibilité médiatique et efficacité gouvernementale. Une province ne se développe pas parce que ses dirigeants communiquent davantage ; elle progresse lorsque les décisions publiques produisent des résultats mesurables et améliorent concrètement la vie des citoyens.
Plus préoccupant encore est le poison de la prédation et de la corruption, qui mine progressivement la confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Chaque franc destiné au développement qui disparaît dans les circuits de l’enrichissement personnel est une école qui ne sera jamais construite, une route qui restera impraticable, un hôpital qui continuera à manquer de médicaments ou un jeune qui perdra l’espoir de bâtir son avenir dans sa propre province.
La corruption n’est pas seulement une infraction ; elle est une atteinte directe au droit des populations au développement. À cette prédation s’ajoute un autre danger, plus insidieux encore : la manipulation des consciences. Lorsque la propagande remplace l’information, lorsque la loyauté envers un individu prend le pas sur la fidélité aux principes, lorsque la critique est perçue comme une trahison plutôt que comme une contribution à l’amélioration de la gouvernance, la démocratie s’affaiblit.
Une société qui ne tolère plus le débat finit toujours par perdre sa capacité à corriger ses erreurs. Les filles et les fils du Haut-Uélé doivent refuser d’être instrumentalisés. Aucun parti politique, aucun responsable public, aucune personnalité ne mérite un soutien inconditionnel. En démocratie, la fidélité doit aller d’abord à la République, ensuite aux institutions, et enfin aux valeurs de justice, de transparence et de responsabilité.
Les hommes passent ; les institutions demeurent. Les mandats s’achèvent ; la province, elle, continue son histoire. Le patriotisme ne consiste pas seulement à brandir le drapeau national lors des cérémonies officielles. Il se manifeste chaque jour dans la manière dont chacun protège les intérêts de la Nation. Défendre la RD Congo, c’est soutenir les FARDC dans leur mission de défense du territoire national, mais c’est aussi lutter contre la corruption, dénoncer les détournements, préserver les biens publics et promouvoir une gouvernance responsable.
Une Nation ne se défend pas uniquement sur les champs de bataille ; elle se défend également dans les bureaux administratifs, les institutions publiques, les écoles, les médias et les consciences. Le Haut-Uélé ne demande ni privilège ni traitement de faveur. Il réclame simplement ce à quoi chaque province de la République a droit : des institutions efficaces, des dirigeants responsables, une gestion rigoureuse des ressources publiques et une vision de développement qui dépasse les intérêts individuels.
Les immenses richesses minières, agricoles et humaines de cette province doivent enfin bénéficier à ceux qui en sont les premiers propriétaires : ses populations. L’heure est venue de remplacer la politique des promesses par celle des résultats, la culture de l’apparence par celle de la redevabilité, le culte de la personnalité par le respect des institutions, et les intérêts particuliers par le bien commun. L’histoire ne retiendra pas le nombre de discours prononcés, mais les réalisations laissées aux générations futures.
Le Haut-Uélé n’a plus besoin d’une politique de communication ; il a besoin d’une communication de la vérité, d’une gouvernance de la responsabilité et d’une politique fondée sur l’action. Car le véritable patriotisme ne se proclame pas : IL SE DÉMONTRE. Le Haut-Uélé mérite mieux. La République Démocratique du Congo mérite davantage. Il est temps que les actes parlent enfin plus fort que les slogans.
Christophe ASSOBEE MTAMBI KAMSELE PIF G4 Haut-Uélé













